{"id":2412,"date":"2017-05-22T12:17:55","date_gmt":"2017-05-22T12:17:55","guid":{"rendered":"http:\/\/fdrt.net\/wordpress\/?p=2412"},"modified":"2025-06-09T13:43:49","modified_gmt":"2025-06-09T13:43:49","slug":"pensees-vagabondes-33-le-conseil-du-roi","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/?p=2412","title":{"rendered":"Pens\u00e9es vagabondes&#8230; 33. Le conseil du roi"},"content":{"rendered":"<p>Le roi gouvernait seul et s\u2019\u00e9puisait devant la t\u00e2che immense. Parmi les courtisans, les hypocrites simulaient la noblesse d\u2019\u00e2me et parmi les jeunes filles que lui pr\u00e9sentaient les ambassadeurs et les princes, les intrigantes se donnaient l\u2019apparence de reines.<!--more--><\/p>\n<p>Le roi convoqua tous les jeunes nobles du royaume dans le Grand Amphith\u00e9\u00e2tre, afin de s\u00e9lectionner ses futurs conseillers parmi eux le jour m\u00eame. Ayant fait une entr\u00e9e solennelle au son de soixante-dix trompettes \u00e9clatantes, il put voir devant lui six mille jeunes gens et quelques jeunes filles qu\u2019il ne se souvenait pas avoir invit\u00e9es.<\/p>\n<p>Le roi fit entrer les scribes dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre et ils lui indiqu\u00e8rent qui \u00e9tait lettr\u00e9 et qui ne l\u2019\u00e9tait pas. Les rangs se clairsem\u00e8rent quand le roi fit sortir les illettr\u00e9s, mais ils furent remplac\u00e9s par autant de jeunes filles, pouss\u00e9es en avant par les princes et les ambassadeurs. Le roi ordonna donc de fermer et garder les grilles de l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre. Le G\u00e9n\u00e9ral entra alors et les centurions indiqu\u00e8rent qui avait \u00e9t\u00e9 valeureux dans la bataille et qui avait manqu\u00e9 de courage devant l\u2019ennemi. Il ne resta que mille jeunes gens et toutes les jeunes filles car l\u2019arm\u00e9e ne pouvait pas choisir entre elles. Les pr\u00eatres indiqu\u00e8rent alors qui \u00e9tait pieux et qui ne l\u2019\u00e9tait pas. Quand les impies eurent \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s, il ne resta que six cents jeunes gens et quatre cent jeunes filles, tous et toutes de bons conseils. C\u2019\u00e9tait beaucoup trop.<\/p>\n<p>Le roi h\u00e9sitait et le fou lui vint en aide : \u00ab Permettez-moi, Majest\u00e9, de vous proposer mes conseillers. \u00bb Et le roi accepta cette aide impr\u00e9vue. Le fou fit alors entrer les lutteurs et les discoboles, qui distingu\u00e8rent ceux qui respectaient les r\u00e8gles lorsqu\u2019ils concouraient dans les stades de ceux qui voulaient briller \u00e0 tout prix. Et la moiti\u00e9 des candidats fut \u00e9cart\u00e9e. Puis le fou fit entrer les ivrognes du royaume, qui salu\u00e8rent de loin leurs compagnons de jeux dans les tavernes. Plusieurs jeunes gens et jeunes filles durent sortir. Le fou fit alors entrer les prostitu\u00e9es du royaume et les m\u00e8res regrett\u00e8rent d\u2019avoir fait venir leurs filles ! Des cris de r\u00e9probation qui s\u2019\u00e9levaient de partout, mais le fou dit au roi : ces dames savent distinguer qui est fid\u00e8le en amour de qui se laisse facilement s\u00e9duire. Apr\u00e8s quoi il ne resta dans l\u2019amphith\u00e9\u00e2tre que cent jeunes gens et soixante jeunes filles. C\u2019\u00e9tait encore trop.<\/p>\n<p>Il ne reste qu\u2019un seul t\u00e9moin, dit le fou, mais il ne peut \u00eatre consult\u00e9 que dans la salle close du Temple car il se d\u00e9place difficilement. On s\u2019y rendit. Le fou fit placer les jeunes nobles pr\u00e8s de l\u2019entr\u00e9e et ordonna \u00e0 sept esclaves porteurs de larges \u00e9ventails de se tenir derri\u00e8re le roi. Il fit alors entrer le dernier t\u00e9moin. C\u2019\u00e9tait le mendiant le plus sale du royaume, aveugle, boiteux, couvert d\u2019ulc\u00e8res, de poux et de vermine. Il avait \u00e9t\u00e9 transport\u00e9 l\u00e0 sur sa liti\u00e8re par quatre soldats qui sortirent en courant. Les \u00e9ventails \u00e9vitaient au roi l\u2019odeur pestilentielle du mendiant, cr\u00e9ant un courant d\u2019air qui concentrait cette odeur sur l\u2019assistance. Presque toutes les jeunes filles quitt\u00e8rent la pi\u00e8ce. Un premier jeune homme sortit en maugr\u00e9ant contre ce fou qui faisait choisir les conseillers royaux par un pouilleux. Le fou garda le silence pendant de longues minutes, souriant \u00e0 chaque fois que quelqu\u2019un sortait. Quand il ne resta que quarante jeunes gens et quelques jeunes filles, le fou dit au roi : Votre majest\u00e9, ces personnes sont celles qui resteront \u00e0 vos c\u00f4t\u00e9s et \u00e0 votre service dans les circonstances les plus difficiles.<\/p>\n<p>Mais le roi, ayant fait s\u2019approcher le fou, lui murmura : \u00ab Je veux un conseil restreint. \u00bb Le fou, s\u2019adressant alors s\u00e9v\u00e8rement au mendiant, lui ordonna de se tenir debout devant le roi, car rester couch\u00e9 en sa pr\u00e9sence est un crime de l\u00e8se-majest\u00e9. Le mendiant ne put se lever seul et le fou d\u00fbt l\u2019aider. Imm\u00e9diatement, ses v\u00eatements furent couverts de vermine. Le fou \u00e9tait ch\u00e9tif, il s\u2019\u00e9croula bient\u00f4t sous la charge. Sept jeunes gens se pr\u00e9cipit\u00e8rent pour lui pr\u00eater main forte et une jeune fille pla\u00e7a les b\u00e9quilles du mendiant sous ses \u00e9paules. La vermine<br \/>\ncourait sur les chemises brod\u00e9es et la robe de soie, mais le mendiant se tenait debout. Et le fou dit au roi : Ces sept jeunes gens, en sus des qualit\u00e9s de tous les autres encore pr\u00e9sents, montreront de la compassion et sauront agir lorsque votre peuple sera dans l\u2019\u00e9preuve.<\/p>\n<p>Pour toute r\u00e9ponse, le roi fit monter la jeune fille pr\u00e8s de lui et dit :<br \/>\n\u00ab J\u2019accepterai donc la premi\u00e8re recommandation de mes sept conseillers : ils m\u2019ont fait distinguer, parmi toutes les jeunes filles du royaume, celle qui en sera la reine. \u00bb<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Philippe<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le roi gouvernait seul et s\u2019\u00e9puisait devant la t\u00e2che immense. 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