{"id":2550,"date":"2017-07-02T15:52:58","date_gmt":"2017-07-02T15:52:58","guid":{"rendered":"http:\/\/fdrt.net\/wordpress\/?p=2550"},"modified":"2025-06-09T13:42:32","modified_gmt":"2025-06-09T13:42:32","slug":"pensees-vagabondes-88-comme-toi-meme-quater","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/?p=2550","title":{"rendered":"Pens\u00e9es vagabondes&#8230; 88. Comme toi-m\u00eame (quater)"},"content":{"rendered":"<p>Le vieil homme marcha vers le gardien.<\/p>\n<p>Il y a quelques mois encore, il \u00e9tait fermier dans le Vercors, m\u00e9tier qu\u2019il avait choisi contre l\u2019avis de sa famille, o\u00f9 il n\u2019y avait que des commer\u00e7ants. <!--more-->Mais il aimait ses quelques vaches, sa mule, ses pr\u00e9s et son potager. Il aimait couper son bois et pr\u00e9parer ses fromages. Son seul regret \u00e9tait d\u2019\u00eatre rest\u00e9 c\u00e9libataire, mais les jeunes filles juives ne voulaient pas de sa vie et les jeunes filles du village n\u2019auraient jamais \u00e9pous\u00e9 un juif. Les ann\u00e9es avaient pass\u00e9 et il s\u2019\u00e9tait habitu\u00e9 \u00e0 la solitude.<\/p>\n<p>Des jeunes gens de la ville \u00e9taient venus, avant la guerre, avec leurs automobiles, leurs\u00a0chemises noires, leurs b\u00e2tons et leurs chiens. Ils avaient lanc\u00e9 leurs chiens sur lui, mais les chiens n\u2019avaient pas ob\u00e9i. Alors, ils l\u2019avaient insult\u00e9 et rou\u00e9 de coups parce qu\u2019il \u00e9tait juif, jusqu\u2019\u00e0 ce que les villageoises interviennent et les Chemises Noires avaient bravement fui devant deux femmes et un infirme.<\/p>\n<p>Etait-il juif ? Sans doute, car son p\u00e8re et sa m\u00e8re l\u2019\u00e9taient, mais il ne mettait jamais les pieds \u00e0 la synagogue, trop lointaine pour un chemin de sabbat. Mais il avait gard\u00e9 du respect pour ce jour de repos.<\/p>\n<p>La guerre \u00e9tait venue, et on avait r\u00e9quisitionn\u00e9 sa mule. Puis des soldats \u00e9taient venus lui prendre ses vaches. Il vivait des oeufs de ses poules et de son jardin. Un jour, d\u2019autres soldats \u00e9taient venus et ils l\u2019avaient emmen\u00e9 dans ce camp. Il avait beaucoup maigri, mais il r\u00e9sistait plut\u00f4t mieux que d\u2019autres prisonniers venus des villes.<\/p>\n<p>Un jour, un gardien avait lanc\u00e9 sur lui son chien, pour s\u2019amuser et parce que les gardiens trop tendres avec les prisonniers \u00e9taient envoy\u00e9s sur le front russe. Mais le chien n\u2019avait pas ob\u00e9i.<\/p>\n<p>Quand un prisonnier s\u2019\u00e9vadait, les gardiens ex\u00e9cutaient dix autres prisonniers en repr\u00e9sailles. Certains tentaient, malgr\u00e9 tout, l\u2019\u00e9vasion. Ce jour-l\u00e0, une \u00e9vasion avait r\u00e9ussi. Les gardiens lanc\u00e8rent dix chiens pour \u00ab\u00a0choisir\u00a0\u00bb dix prisonniers et les chiens \u00e9vit\u00e8rent le vieil homme. Un des otages ramen\u00e9s par les chiens \u00e9tait un jeune gar\u00e7on arriv\u00e9 de la veille et qui n\u2019avait m\u00eame pas fui car il ignorait la r\u00e8gle. Alors, le vieil homme marcha vers les gardiens et\u00a0leurs chiens, pour prendre la place du jeune gar\u00e7on qu\u2019il renvoya vers les baraques. Et le gardien reconnut ce prisonnier, dont il ne connaissait m\u00eame pas le num\u00e9ro, mais que son chien refusait d\u2019attaquer.<\/p>\n<p>Le gardien chercha le regard du vieil homme qui lui dit simplement : \u00ab C\u2019est mieux \u00bb.<br \/>\nEt le vieil homme chercha le regard du gardien, mais le gardien ne put que fuir ce regard.<\/p>\n<p>Ils partirent pour creuser dix tombes. Debout devant sa tombe, le vieil homme chercha de nouveau le regard du gardien, qui accepta cette fois. Ils \u00e9chang\u00e8rent, sans maudire, un long au revoir.<\/p>\n<p>Le lendemain, le commandant du camp re\u00e7ut la demande de mutation d\u2019un gardien, qui pr\u00e9f\u00e9rait le front russe.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Philippe<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le vieil homme marcha vers le gardien. Il y a quelques mois encore, il \u00e9tait fermier dans le Vercors, m\u00e9tier qu\u2019il avait choisi contre l\u2019avis de sa famille,<\/p>\n<p class=\"link-more\"><a class=\"rm-button\" href=\"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/?p=2550\">Read More<\/a><\/p>\n","protected":false},"author":3,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"ngg_post_thumbnail":0,"footnotes":""},"categories":[18,142],"tags":[141],"class_list":["post-2550","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-blogging","category-pensees-vagabondes","tag-pensees-vagabondes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2550","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/3"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=2550"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2550\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":2551,"href":"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/2550\/revisions\/2551"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=2550"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=2550"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/wp.fredericdrouot.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=2550"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}